Culture Mode

Les métiers de l’ombre de la haute couture

13 avril 2018
Les métiers de l'ombre de la haute couture

Les métiers de l'ombre de la haute coutureDe l’or dans les doigts

Derrière les belles robes et les tenues haute couture les plus étincelantes se cachent un trésor. Ce trésor, ce sont les artisans, ceux qu’on ne voit jamais. On l’oublie souvent, et pourtant, des centaines de petites mains travaillent d’arrache-pied chaque jour pour nous offrir quelques instants de magie sur les podiums.

S’il est aussi important de mettre le savoir-faire en avant, c’est parce qu’il s’éteint petit à petit. Ces métiers-passion n’intéressent plus, et pourtant, il n’y aurait ni défilé ni mode sans eux. Faute de successeur, les grandes maisons de couture n’ont d’autres choix que de racheter ces ateliers pour sauvegarder cet héritage, mais aussi pour pouvoir continuer leurs activités. C’est le cas de Chanel, qui, chaque année depuis 2002, met à l’honneur le savoir-faire unique de ces métiers d’art.

À travers cet article, j’ai envie de vous faire découvrir quelques uns de ces savoirs-faire précieux mais bien trop méconnus. Après tout, ces artisans dans l’ombre des créateurs ont aussi le droit à leur heure de gloire !

À lire aussi : La mode est-elle un art ?

 

PLISSEUR

Nous n’en avons pas toujours conscience, et pourtant, il y a bien quelqu’un derrière tous ces jolis tissus plissés ! Comme son nom l’indique, c’est le rôle du plisseur !

L’art de plisser un tissu relève presque de la sculpture. En utilisant la technique de l’origami, le plisseur crée des moules en carton entre lesquels il y place le tissu. Enfermé dans une étuve pendant plusieurs heures, le pli est marqué et consolidé par la chaleur. Le reste n’est que patience pour que l’étoffe prenne bien la forme désirée.

Bien que ce savoir-faire unique soit très prisé de la haute couture et du luxe, le nombre de plisseurs en France se compte aujourd’hui sur les doigts de la main.

Atelier Lognon - Photo : Arts-of-fashion.org
Atelier Lognon
(Source : Arts-of-fashion.org)

 

FLEURISTE PLUMASSIER

D’un côté il y a les fleurs, et de l’autre, les plumes. Même si les activités sont différentes, ces deux métiers n’en forment souvent qu’un. En effet, si le travail des plumes exigent délicatesse et minutie, créer des fleurs en tissu nécessite les mêmes exigences !

Travaillées une à une, les pétales en tissu passent par plusieurs étapes : l’apprêtage pour rigidifier le tissu, le découpage pour la forme, la teinture et le séchage pour la couleur et enfin, le gaufrage pour le volume. Toujours avec beaucoup de précision, il ne reste plus qu’à former cette fleur artificielle sans oublier les finitions. Tout est une question de maitrise et de patience !

Atelier Legeron (Credit photo : Legeron)
Atelier Legeron
(Crédit photo : Legeron)

FORMIER

Le travail de formier fait parti des ces métiers rares dont on ne connait que peu l’existence. Et pourtant, ce savoir-faire est essentiel à la création de chapeaux et de chaussures !

Afin de créer des gabarits pour ces derniers, le formier travaille le bois pour le transformer en outil de travail. Tout comme un sculpteur, il façonne la forme de chaque pièce au millimètre près à l’aide de différents matériaux. En plus de devoir prendre en compte la morphologie de chacun, le formier doit également anticiper le futur travail du chapelier ou du bottier, qui, quant à eux, travaillent la matière et confectionnent la pièce.

Atelier La Forme (Photo issue du webreportage de Sandra Boulou)
Atelier La Forme
(Photo issue du webreportage de Sandra Boulou)

 

BRODEUR

Un peu plus connus que ses prédécesseurs, les brodeurs sont les doigts de fée de la haute couture ! Travaillant à la main, ils subliment les tissus avec leurs aiguilles. Véritable oeuvre d’art, la broderie peut s’accompagner de perles, plumes, fleurs, et bien d’autres fournitures.

Le travail de la broderie se fait en trois étapes. Premièrement, il y a la création du motif. Dessiné sur une feuille transparente, le motif est percé de petits trous qui serviront de repères aux brodeurs. Par la suite, le dessin est transféré sur le tissu à l’aide de pigments passant à travers les trous du motif. Chaque point correspond alors à l’endroit où le tissu doit être piqué. Pour finir, le tissu est tendu sur de grands cadres à broder pour faciliter le travail des brodeurs. La broderie peut enfin prendre vie !

Atelier Lesage pour Chanel (photo d'Anne Combaz pour Vogue)
Atelier Lesage pour Chanel (Photo : Anne Combaz pour Vogue)

 


Pour en savoir plus sur chacun de ces métiers, je vous conseille de découvrir l’excellent documentaire « Handmade with love in France » ! En plus d’y découvrir plus en détails le savoir-faire de ces artisans d’exception, ce reportage nous fait prendre conscience des conséquences du rythme effréné de la mode sur l’artisanat. Un film d’une heure à voir pour mieux comprendre pourquoi les artisans sont si précieux !



ET VOUS, QUE PENSEZ-VOUS DE L’ARTISANAT ?
AIMERIEZ-VOUS CONNAÎTRE D’AUTRES MÉTIERS D’ART ?

 

Me suivre :

INSTAGRAM FACEBOOK TWITTER PINTEREST

Share it

2
  1. Cet article, outre le fait qu’il est très intéressant et bien documenté, m’a beaucoup touché. Ma mère a été petite main chez un grand couturier et y a appris son métier. Ces métiers d’art son l’emblème de la France . Je forme le voeu que nous ne perdions jamais ce savoir faire . Bravo.

    1. Oh quel chance, cela devait être quelque chose d’apprendre son métier chez un grand couturier ! Elle t’a transmis son savoir-faire du coup ? 🙂
      En tout cas, je ne peux qu’être d’accord avec toi et c’est pour cette raison que j’essaie de mettre en lumière ce genre de métiers ! Mais malheureusement, à vouloir toujours plus produire et toujours plus vite (que cela soit dans le prêt-à-porter ou dans la haute couture d’ailleurs, pour l’avoir vécu, la cadence est infernale et on n’a plus le temps de rien), force est de constater que la qualité et les techniques se perdent :/

  2. Je trouve ça super de mettre les petites mains à l’honneur, en matière de haute couture on parle toujours des créateurs, des modèles et d’Anna Wintour (^^) mais presque jamais des travailleurs de l’ombre, alors que comme tu le dis sans eux, bye bye la haute couture !
    Et j’ai appris l’existence du métier de plisseur 🙂

    1. Tu as raison ! Ce sont toujours les créateurs/directeurs artistiques qui ont tous les mérites. Même si la création est un gros travail, il faut reconnaitre que ce sont les artisans qui interprètent les dessins des créateurs et qui donnent vie à leurs vêtements. D’ailleurs, dans le reportage dont je parle à la fin de l’article, on réalise que tous ces gens qui viennent assister aux défilés, notamment durant la fashion week, ne savent même pas qui sont les créateurs derrière les grandes maisons de couture et ne sont vraiment pas informés quant aux petites mains qui travaillent pour celles-ci.
      En tout cas, je suis contente de t’avoir fait découvrir le métier de plisseur ! 🙂
      Bisous !

  3. Je pense que ce sont de très beaux métiers 🙂 Mon père travaille également dans la mode, il fait un petit peu tout, il retouche des vêtements, créer des vêtements, ajoute de la valeur à d’autres, … Je trouve que c’est un beau métier, mais qui est trop souvent oublié par les grandes chaines qui ne veulent qu’une chose : réaliser un maximum de vêtements possibles. Ils ne pensent pas forcément aux détails, à la finesse, à la précision que peuvent avoir les artisans. C’est dommage !
    En tout cas merci pour ce beau partage 🙂

    1. Avec plaisir ! Je suis tout à fait d’accord avec toi, on pense davantage à faire vite qu’à prendre le temps nécessaire pour bien faire. C’est tellement dommage car la création (et la réalisation) prend du temps, c’est indéniable ! Quoi qu’il en soit, tu as raison, ce sont de beaux métiers qu’il ne faut pas oublier 🙂
      Bisous !

  4. Même si on se doute, que le créateur n’est pas seul derrière un vêtement. C’est toujours fascinant de voir tout ce monde derrière.
    Des métiers dont j’ai appris les noms.
    J’ai loupé le reportage, c’est l’occasion de me rattraper.

    1. Je suis ravie de t’avoir fait découvrir ces beaux métiers ! Il y en a encore des dizaines d’autres à découvrir, tous aussi surprenants et impressionnants les uns que les autres, mais je ne voulais pas tous les aborder dans cet article 🙂 Peut-être dans un second volet !
      J’espère que tu apprécieras le reportage !
      Bisous

  5. Tu as tellement raison de parler de tous ces métiers. Pour avoir vu les brodeuses à l’exposition Dior à Paris, c’est vraiment minutieux et impressionnant. Je me suis sentie toute petite fasse à elles et leur dextérité

    1. Oh j’aurais adoré voir ça, cela devait être super intéressant ! Je pense que parmi tous ces métiers, c’est celui qui m’impressionnera et me fascinera toujours ! 🙂 Les brodeuses font preuve de tellement de patience, de minutie et de précision, c’en est dingue !

    1. En écrivant cet article, je me suis fait exactement la même réflexion ! 🙂 La broderie est un moment de concentration mais aussi de calme, et même si les conditions de création ne doivent pas être les mêmes en tant que petite main (je suppose qu’il y a plus de pression par exemple), cela laisse quand même rêveur !

  6. J’aime trop ton blog pour ce genre de découvertes :).

    Je t’avoue qu’à part le travail de brodeurs je ne connaissais aucuns des autres métiers. C’est dommage qu’ils se perdent mais j’ai un peu l’impression que la fast-fashion n’y a pas aidé :/ . mais j’ai l’impression qu’avec le mode éthique plus de gens vont peut-être se tourner vers ce genre de métier !

    Noémie xx

    1. Merci beaucoup, je suis ravie de te faire découvrir des choses à travers mes articles ! 😀
      Effectivement, on peut espérer qu’avec la mode éthique, cela change un tout petit peu les choses, mais la concurrence face à la fast-fashion est si grande qu’il est très difficile de revenir à l’artisanat tel qu’il était il y a plusieurs décennies, et ce même pour la haute couture. Le plus gros souci, c’est que les clients ne savent plus que faire un vêtement demande du temps, et malheureusement, cela arrive qu’ils préfèrent aller là où la qualité est moindre mais où ça va plus vite. Le reportage dont je parle en fin d’article évoque le sujet d’ailleurs ! 🙂
      Bisous !

  7. Je milite moi aussi pour mettre en lumière ces métiers de l’ombre et ces savoir-faire que l’on oublie trop souvent à force d’acheter des jean Zara fabriqués à l’autre bout du monde ! Merci beaucoup pour cet article 🙂

  8. Quel univers insoupçonnable! Je n’aurais jamais imaginé autant de métiers si spécialisés. C’est certain qu’on voit toutes les heures de travail, mais c’est difficile de connaître l’envers du décor et de svaoir combien de petites mains d’artisans différents ont pu passé sur une seule et même création. Super intéressant!

  9. Ouaaaw j’ai appris beaucoup de chose ! C’est vrai que je ne m’étais jamais posé la question de comment est ce qu’était fait tous ces détails, mais je suis impressionnée ! Particulièrement pas la patience du brodeur ! Je pense que ça doit vraiment être une passion !

  10. Cet article est juste parfait ! Je n’avais jamais entendu parler de ces métiers, même si je me doutais de leur existence. Je ne savais pas que ces métiers peinent à perdurer… c’est dommage, pourtant leur utilité n’est plus à démontrer ! Je me suis mis le reportage que tu nous conseilles de côté, j’espère avoir le temps de le regarder 😀

  11. Avec mes gros doigts, j’ai toujours été admirative des personnes sachant se débrouiller avec.
    Je connaissais déjà certains métiers mais pas vraiment leur nom. Merci pour le partage.
    Belle journée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *